Les différents types de saisies pénales

La saisie pénale est une mesure par laquelle l'autorité judiciaire appréhende des biens susceptibles d'être liés à une infraction, qu'il s'agisse du produit direct ou indirect de celle-ci ou d'un instrument ayant servi à sa commission. Encadrée principalement par les articles 131-21, 706-141 à 706-158 du Code de procédure pénale (CPP), cette mesure peut frapper une grande variété de patrimoines et constitue souvent un choc pour les personnes qui en font l'objet.

Les saisies pénales peuvent porter sur des biens de nature très diverse. En pratique, les cas les plus fréquents concernent :

Les biens pouvant faire l'objet d'une saisie

  • Comptes bancaires : gel total ou partiel des avoirs détenus auprès d'un établissement financier (art. 706-154 CPP)
  • Biens immobiliers : saisie d'immeubles par inscription d'une hypothèque judiciaire ou interdiction d'aliéner (art. 706-150 CPP)
  • Véhicules : saisie et immobilisation de voitures, motos ou tout autre véhicule (art. 706-153 CPP)
  • Numéraire : espèces découvertes lors de perquisitions ou de contrôles (art. 706-153 CPP)
  • Parts sociales et valeurs mobilières : saisie de participations dans des sociétés ou de portefeuilles d'investissement
  • Crypto-actifs : saisie de portefeuilles de cryptomonnaies, en forte augmentation ces dernières années

Chaque type de saisie obéit à des règles procédurales spécifiques. La saisie d'un immeuble, par exemple, nécessite une ordonnance motivée du juge des libertés et de la détention (JLD) ou du juge d'instruction, publiée au service de la publicité foncière. La saisie d'un compte bancaire peut, elle, être ordonnée par le procureur de la République dans le cadre d'une enquête préliminaire ou de flagrance.

Le rôle de l'AGRASC

L'Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC), créée par la loi du 9 juillet 2010, est l'organisme public chargé de la gestion centralisée des biens saisis et confisqués en matière pénale. Elle intervient à toutes les étapes de la procédure de saisie, depuis la prise en charge des biens jusqu'à leur éventuelle vente ou restitution.

L'AGRASC gère notamment les sommes saisies sur les comptes bancaires, les biens immobiliers faisant l'objet d'une saisie pénale et les véhicules placés sous main de justice. Elle peut procéder à la vente anticipée de biens périssables ou dont la conservation entraînerait des frais disproportionnés, sur autorisation du magistrat compétent. Cette possibilité de vente avant jugement rend d'autant plus urgente la nécessité de contester rapidement une saisie que l'on estime injustifiée.

La saisie pénale n'est pas une condamnation. C'est une mesure provisoire qui peut et doit être contestée lorsqu'elle est disproportionnée ou mal fondée.

Saisie conservatoire et confiscation : quelle différence ?

Il est essentiel de distinguer la saisie pénale de la confiscation. La saisie est une mesure conservatoire intervenant au cours de l'enquête ou de l'instruction. Elle a pour objet de préserver les biens en vue d'une éventuelle confiscation ultérieure. Le propriétaire reste, en principe, titulaire de son droit de propriété, mais ne peut plus disposer librement du bien saisi.

La confiscation, en revanche, est une peine prononcée par une juridiction de jugement au terme du procès pénal. Elle emporte transfert définitif de la propriété du bien à l'État. Prévue par l'article 131-21 du Code pénal, la confiscation peut porter sur l'instrument de l'infraction, sur son produit direct ou indirect, ou encore sur tout bien dont le condamné ne peut justifier l'origine (confiscation dite "élargie").

Cette distinction a des conséquences pratiques majeures : une saisie peut être levée à tout moment de la procédure si elle s'avère injustifiée, tandis qu'une confiscation prononcée par jugement ne peut être remise en cause que par les voies de recours ordinaires (appel) ou extraordinaires (pourvoi en cassation).

La requête en restitution

Le principal levier pour contester une saisie pénale est la requête en restitution, prévue par les articles 41-4 et 99 du CPP. Cette requête permet au propriétaire du bien saisi, ou à toute personne qui prétend avoir un droit sur celui-ci, de demander au magistrat compétent d'ordonner sa restitution.

Pendant l'enquête, la requête est adressée au procureur de la République. Il dispose d'un délai de deux mois pour statuer. En l'absence de réponse dans ce délai, la demande est réputée rejetée. Pendant l'instruction, la requête est adressée au juge d'instruction, qui statue par ordonnance motivée.

Les conditions de la restitution

La restitution est de droit lorsque plusieurs conditions sont réunies. Le bien ne doit pas être nécessaire à la manifestation de la vérité, il ne doit pas être susceptible de confiscation et sa restitution ne doit pas présenter de danger pour les personnes ou les biens. En pratique, l'argumentation portera souvent sur le caractère disproportionné de la saisie, sur l'absence de lien entre le bien et l'infraction poursuivie, ou sur la qualité de tiers de bonne foi du requérant.

L'assistance d'un avocat pénaliste est indispensable pour rédiger une requête en restitution solide. Il s'agit de démontrer, pièces à l'appui, l'origine licite des fonds ou du bien, l'absence de lien avec les faits reprochés, ou encore la disproportion entre la mesure de saisie et la gravité des infractions poursuivies.

Le recours devant la chambre de l'instruction

En cas de refus de restitution par le juge d'instruction, un appel peut être interjeté devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance de refus (art. 99 CPP). Ce recours est ouvert tant au mis en examen qu'aux tiers revendiquant un droit sur le bien saisi.

Lorsque le refus émane du procureur de la République (dans le cadre d'une enquête), le requérant peut saisir le juge des libertés et de la détention qui statue en premier ressort, avec possibilité d'appel devant la chambre de l'instruction.

Devant la chambre de l'instruction, l'avocat peut développer des moyens de fond (absence de lien avec l'infraction, disproportion, atteinte au droit de propriété garanti par la Convention européenne des droits de l'homme) et des moyens de procédure (défaut de motivation de l'ordonnance de saisie, irrégularité de la notification). La chambre de l'instruction exerce un contrôle approfondi sur la nécessité et la proportionnalité de la mesure.

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La confiscation comme peine complémentaire

Lorsque l'affaire est jugée, le tribunal peut prononcer la confiscation en tant que peine complémentaire. L'article 131-21 du Code pénal prévoit plusieurs hypothèses de confiscation :

  1. Confiscation de l'instrument de l'infraction : le bien qui a servi ou était destiné à commettre l'infraction (véhicule utilisé pour un transport de stupéfiants, par exemple).
  2. Confiscation du produit de l'infraction : les gains directs ou indirects tirés de l'activité délictueuse.
  3. Confiscation en valeur : lorsque le bien n'est plus disponible, la juridiction peut ordonner la confiscation d'une somme équivalente sur le patrimoine du condamné.
  4. Confiscation élargie : pour certaines infractions punies d'au moins cinq ans d'emprisonnement, la confiscation peut porter sur tout bien dont le condamné ne peut justifier l'origine.
  5. Confiscation générale du patrimoine : réservée aux infractions les plus graves (crimes contre l'humanité, terrorisme, trafic de stupéfiants).

La contestation de la confiscation se fait par la voie de l'appel devant la cour d'appel, puis, le cas échéant, par un pourvoi en cassation. L'avocat pénaliste peut contester le quantum de la confiscation, son caractère proportionné au regard de la gravité des faits, ou encore l'absence de motivation suffisante du jugement. La Cour de cassation a rappelé à plusieurs reprises que la confiscation doit être motivée et proportionnée, sous peine de censure.

Conseils pratiques

Face à une saisie pénale, le temps est un facteur déterminant. Plus la contestation est engagée rapidement, plus les chances de récupérer ses biens sont élevées. Voici les réflexes à adopter :

  1. Consultez immédiatement un avocat pénaliste. La complexité des procédures de saisie et les délais de recours imposent une intervention rapide et spécialisée.
  2. Rassemblez tous les justificatifs d'origine des biens saisis : relevés bancaires, actes notariés, contrats de vente, déclarations fiscales, bulletins de salaire. Ces pièces sont essentielles pour démontrer la licéité de votre patrimoine.
  3. Ne tardez pas à déposer une requête en restitution. L'AGRASC peut procéder à la vente de certains biens avant le jugement. Une requête rapide permet de bloquer cette éventualité.
  4. Vérifiez la régularité de la procédure. Toute irrégularité dans l'ordonnance de saisie, dans sa notification ou dans le respect des droits de la défense peut constituer un motif d'annulation.
  5. Anticipez la question de la confiscation au stade du jugement. Même si la saisie est maintenue pendant la procédure, l'avocat prépare dès le départ les arguments pour limiter ou éviter la confiscation au moment du procès.

Le Cabinet SOUM accompagne ses clients à chaque étape de la procédure de saisie et de confiscation pénale. Maître Soum intervient pour contester les saisies devant le juge d'instruction, la chambre de l'instruction et les juridictions de jugement, avec pour objectif la préservation de votre patrimoine et le respect de vos droits fondamentaux. Pour en savoir plus, consultez notre page dédiée au service saisie et confiscation.